Celle qui cherchait les signes.

Un mot me vint à l’esprit : chafouin. Je me rendis compte que je ne connaissais pas vraiment sa signification. Nous sommes tous cernés par certains de ces mots-là, des mots dont on sent leur sens à plein nez sans vraiment pouvoir les définir. Des mots auréolés d’un voile flou et pourtant familier comme ces parfums que l’on connaît sans pouvoir les situer dans un contexte, sans pouvoir mettre des noms sur leur odeur.

Je cherchais bien vite la définition sur Google, juste pour voir si la couleur qu’il m’inspirait était la bonne : un verdâtre taupé qui dégageait une sensation de malaise, un sentiment urgent de rester sur ses gardes.

Personne ayant l’air malveillant, fourbe, comme une fouine. Voilà, c’était cela ! Malin, rusé, avec sa physionomie chafouine, voilà ce que m’inspirait la figure de cet homme malgré son large sourire.

Voilà l’expression qui caractérisait l’homme avec lequel j’allais vivre 8 heures par jour 5 jours sur 7, sans compter les heures sup qu’il ne manquerait pas de me faire faire, malveillant et rusé comme il devait être.

LinkedIn, Viadeo, Google et tous les autres moteurs de recherche et réseaux sociaux me renvoyait cette image à la réalité implacable. Mon futur N+1 était un Chafouin.

Après double vérification et calcul, en me basant sur ses nom et prénom, le bougre affichait le chemin de vie numéro 1,  égocentrisme et besoin de domination comme prédisposition. Pas besoin de pousser les investigations plus loin, les dés étaient jetés : j’allais en baver.

J’avais beau lire et relire l’annonce, peser et sous peser chaque mot, malgré la bienveillance des propos JE NE LE SENTAIS PAS. Non, non, non, trop d’angoisse, d’ondes négatives. Déterminée à limiter les dégâts mon doigt cliqua vivement sur l’onglet EFFACER.

Effacée l’offre de poste trouvée sur un site de recherche d’emploi et toutes mes recherches sur l’entreprise et son dirigeant. Le burn-out ne passera pas par moi.