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Luciole

A dix mille années-lumière d’ici, une luciole vacillante vaquait à ses occupations.

Clignotant vaillamment, volant cahin-caha, il lui semblait que le temps lui appartenait.

Mais l’horloge d’une étoile sonna les douze échos de minuit.

Moitié de nuit qui luit.

Alors Luciole s’affole car peu de temps lui reste avant le début de la mi-journée.

Et bonjour les ennuis si Luciole n’est pas au lit à l’heure où la nuit s’enfuit car le dicton le dit : « Le jour nuit aux lucioles ».

Fin d’une histoire bien jolie mais sans intérêt car je ne cherche pas la fortune, le temps me ruine.

Lune soleil

Laisse filer le temps

Laisse filer le temps. Inutile de lui courir après, c’est lui qui tient le chronomètre. Reste à mesurer l’ampleur de chaque seconde.

Laisse filer le temps, cette araignée qui tisse autour de nous des nœuds de contrainte angoissée, des filets emmêlés d’heures à respecter.

Pas de fils d’Ariane pour nous tirer du labyrinthe du tyran, c’est lui qui tire les ficelles.

Laisse filer le temps, c’est un voleur de souvenirs qui poinçonne les mémoires et les poudre de brouillard.

Laisse filer le temps, il glisse comme un serpent qui s’immisce et se hisse en toi pour t’alourdir peu à peu en t’insufflant le venin de la vieillesse.

Laisse filer le temps, c’est une mine inépuisable mais dont il faut extraire les filons d’or avec une lutte acharnée.

Laisse filer le temps car tout défile en filiation pour former l’incessant carnaval de la vie.

Mon sombre objet du désir

Mon stylo, ma plume, mon pinceau.

Appendice changeant, prolongement temporaire de mon être…

Mon stylo, ma plume, mon pinceau.

Qui fait exploser la toile de mes paysages intérieurs et retranscrit au grand jour tous ces mondes contrastés, toutes ces galaxies scintillantes enfouies dans ma tête.

Ma guitare, ma lyre, mon violon.

Qui crisse sur le papier et crache des fourmis de mots chantants.

Qui ondule en cordes, stridule en lignes au gré des mouvements de ma main, arabesques bruissantes qui naissent et courent sur les champs de mes cahiers.

Mon stylo, mon outil, mon burin.

Qui taille à vif dans mes chairs, résonne dans mes blessures, vrombit sur mes fêlures.

Interrupteur, bouton déclencheur d’images, d’illuminations brèves qui m’électrisent.

Traducteur de mes états internes, de mes rêves éveillés, de mes pensées multiples.

Mon stylo, instrument, compagnon de jeunesse toujours renouvelé mais parfois infidèle car muet.

Mon stylo, sorcier vaudou, satané magicien.

Tu produis un filtre d’encre et de mystère qui me fait entrer dans une transe béate et fulgurante.

Mon Bic, mon dealer, fournisseur officiel d’une drogue dure, pure, viscérale dont je suis totalement accro.