Puits

vieux puit éblouis

Plus qu’un puits, je suis un monde,

Au creux de mes entrailles,

Distorsion du temps,

Les secondes en pagaille

Se muent en an.

Eau, terre, pierre,

Lit de limon.

De rares rayons de lumières,

Sabres de poussière,

Viennent frapper

Mes fougères centenaires.

Mariage de l’eau et du silence

Mon air est aussi riche

Qu’un utérus invisible

Minéral, végétal, animal se dévorent

Aussi insidieusement que mes pierres

Forment les sceaux de mon corps.

Ma bouche est une porte que peu franchissent,

S’y glisse vos peurs les plus profondes.

Plus qu’un puits je suis nuit

Qui veille sur des secrets enfouis.

Bâillonnés, murés, grillagés,

Nous continuons à nourrir votre imagination.

Pourtant nous ne faisons que refléter

L’âme de celui qui se tient au seuil de nos girons.


Sur le thème du puits:

Le puits

Un conte, une histoire étrange, un petit OVNI qui se lit d’une traite. Humanité, bestialité et fraternité s’y mélangent dans le réceptacle d’un puits.

Le puits – Iván Repila

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Jeux de langue

J’aime lorsque ta langue se lie avec les mots, lorsqu’elle frappe ton palais tropical aux nuances rubis constellé de stratifications bleutées. Ton palais parcouru de vapeurs arides, où les senteurs poivrées se muent en gouttelettes d’eau froissée.

J’aime sa pénombre d’ébène, j’aime m’y baigner aux sources enfouies, tâtonner découvrir des choses invisibles, écouter le cri des cavernes, les voix rauques et les sons gutturaux.

J’aime m’y glisser et graver sur tes murs des prophéties indéchiffrables, dessiner des hiéroglyphes aux messages anciens, laisser tout cela tourner poussière et que les grains crissent sous mes dents.

J’aime te voir trôner, prince du géant courant d’air, affublé de tes strophes et picturales images, laissant tes parchemins devenir des tapis précieux où se tapissent des grillons immatériels qui stridulent en jouant de leurs harpes. J’aime y cueillir des scarabées poudrés d’or et d’argent, majordomes impassibles qui s’affairent et s’attifent de colliers de symboles. L’ambre et l’ivoire s’y échangent des messages lumineux et fumigènes.

J’aime lorsque ta langue scande les pas d’un cheval tranquille ou ceux d’une femme chaussée de talons aiguilles.

J’aime lorsqu’elle roule en vagues, en tourbillons bruyants, assourdissants, en fanfare sursautant de trémolos sanglots.

J’aime lorsque ta langue me susurre des vérités palpables qui restent hors du temps, qu’elle s’étende sur moi et m’enveloppe d’un linceul de mots dits ni bas ni haut.

J’aime lorsque ta langue s’enfonce dans un silence opaque pour mieux me faire discerner ses figures sauvages et les traits de son âme. Lorsqu’elle fait naître des ombres-chinoises vivaces qui se meuvent comme des pieuvres voraces, sensibles et vénérables.

J’aime lorsque tes mots s’apaisent et rentrent dans leur coffret, sous le sceau de ta bouche qui se clôt comme un œil.